La condition humaine

Teresa – On observe dans la condition humaine des comportements pacifiques et des comportements violents. Est-il possible d’affirmer qu’il y a des êtres humains prédisposés au bien et d’autres au mal ? 

João Roberto – Réfléchissons d’abord sur la condition humaine. Du point de vue de la science, l’homme est simultanément l’enfant de la culture et de la biologie. Il est évident que le comportement humain est marqué par l’histoire biologique, par l’évolution de la vie sur la planète durant des milliers et des milliers de générations qui ont construit des réponses pour s’adapter aux circonstances. Par ailleurs, il y a la dimension culturelle. J’aime rappeler que nous sommes, à grande échelle, des enfants de la culture. Naturellement, il y a, du point de vue biologique, des interventions possibles, ce n’est cependant pas sur cela que l’éducation est axée. 

Comment agir sur le plan biologique pour qu’un individu soit plus heureux, pour qu’il modifie son comportement, sa manière de ressentir et d’agir sur le monde ? Malgré son développement vertigineux, la science n’a pas encore le pouvoir d’intervenir en toute sécurité sur le cerveau humain, pour promouvoir de forme consistante le bonheur tant souhaité. Notre espace d’intervention se situe dans la culture et l’éducation. La structure de compréhension de l’homme est l’héritage de son répertoire existentiel. L’état psychologique de la mère qui engendre son enfant représente une influence culturelle. En naissant, l’enfant reçoit déjà l’influence maternelle. Il y a par exemple des études qui montrent que le goût que nous avons pour certains aliments est lié à l’alimentation de la mère durant sa grossesse. 

La domination de la culture sur l’individu est, naturellement, beaucoup plus forte après sa venue au monde. En naissant, nous entrons dans un bouillon de culture en ébullition et nous assimilons les goûts de la mère, du père, de la famille, des voisins, des copains d’école, des films que nous voyons, de ce qui est dans les médias. Nous avançons dans la vie en assimilant le style de ce qui nous entoure,  des livres formidables que nous lisons, mais également de nombreuses influences moins saines. 

Et vient le moment où surgit cette question : – Qui suis-je ? Quelle est ma vraie nature ? Est-ce que ça, c’est bien moi ou est-ce le résultat de ces influences si fortes, inexorables ? D’ailleurs, la condition humaine nous offre deux grands défis : celui de naître une première fois, de sortir du confort de l’utérus maternel et d’être jeté dans ce bouillon  de culture ; et le défi encore plus grand   de naître une deuxième fois. La plupart des êtres humains meurent sans être nés par eux-mêmes, parce qu’ils reproduisent des modèles familiaux, de la société, des stéréotypes. À quel moment puis-je affirmer que je suis moi, que j’ai cessé de reproduire les modèles que j’ai lus et vus ? Quand est-ce que je filtre toutes ces influences ? Quand vais-je atteindre liberté et autonomie ? L’autonomie et la liberté de l’individu naissent de son esprit, quand il cesse de se soumettre aux modèles imposés et devient lui-même, grâce à sa réflexion, un sujet de connaissance. En ce sens, ma vision est existentialiste. Selon la philosophie existentialiste, en admettant qu’on puisse la résumer en une phrase, disons que l’existence précède l’essence, c’est-à-dire que la première construit la seconde. On ne peut pas parler de l’essence de l’être humain, car elle résulte de la construction d’une histoire, d’un groupe ou de l’humanité à un moment donné. Il n’y a donc pas de nature définie a priori. L’homme n’est ni violent ni pacifique. Il est défini par l’évolution. Il est important de ne pas céder au simplisme des étiquettes.


Chaque semaine, il y aura dans cet espace une interview. Pour inaugurer cette série, nous invitons le penseur et écrivain João Roberto de Araújo. Cet audacieux et visionnaire septuagénaire cherche à étendre son expérience d’éducateur socio-émotionnel à l’international. Il a fondé la “50-50 SEL Solutions” dont son ambitieuse intention est de faire connaître les fondements de l’Education Socio-émotionnelle à au moins 50% de la population mondiale avant 2050. Ce ne sera possible qu’avec la participation d’un réseau de relais complémentaires qui serviront de “passerelles” entre les multiples besoins et les réponses possibles.
Teresa Magalhães, écrivaine et professeure de Littérature, l’interviewe.

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